Ontologie

Qu'est-ce qu'un lien ?

"La relatiologie considère que le lien n'est pas qu'un effet secondaire des sujets ou un simple vecteur d'échange mais une réalité première à partir de laquelle les êtres, les positions et les significations émergent."

Axiologie ontologique : essence du lien

 

1- Le lien est réalité première : il constitue le plan originaire de l’expérience humaine.

- Ai-je déjà fait l’expérience d’une situation dans laquelle je suis déjà engagé avant même que je sache ce que j’en pense ou ressens ?

- Suis-je en train de me penser comme point de départ ou comme déjà pris dans quelque chose de plus vaste ?

> Impression d’être déjà engagé, orienté ou affecté avant toute décision ou compréhension consciente.

Le lien n’est pas ce qui relie des éléments déjà constitués ; il est ce à partir de quoi quelque chose peut apparaître. Penser le lien comme réalité première implique que l’expérience humaine ne commence ni par un sujet, ni par un objet, mais par une dynamique relationnelle en cours. Ce plan originaire n’est pas observable comme un objet : il est ce dans quoi toute observation prend place.

 

2- Le lien précède les entités : sujets, rôles et identités émergent au sein de champs relationnels préexistants.

- Dans une situation donnée, est-ce que je perçois d’abord des personnes, des rôles, des responsabilités ou bien le mouvement relationnel qui est en train de se jouer ?

- Est-il possible que ce qui se joue dépasse les intentions individuelles ?

> Sentiment que les positions se sont installées directement avant même que chacun ne choisisse sa place.

Les entités humaines ne sont pas premières mais dérivées. Ce que nous appelons sujet, personne ou identité correspond à des stabilisations provisoires au sein de configurations relationnelles. L’ontologie relatiologique ne nie pas l’existence des entités, mais les considère comme des effets de structuration du lien, toujours révisables et dépendants du contexte relationnel.

 

3- Le lien existe avant le sens : le sens n’est pas donné au lien, il résulte de son mouvement.

- Est-ce que je cherche à comprendre trop vite ce qui se passe ?

- Que se passe-t-il si je laisse la situation exister sans lui attribuer immédiatement un sens ?

> Une tension, une orientation ou une atmosphère perceptible sans pouvoir encore être formulée.

Le sens n’est pas une condition préalable de la relation mais une émergence secondaire. Il se forme à partir des orientations, tensions et transformations du lien. Attribuer un sens trop tôt revient à figer le mouvement relationnel et à substituer une construction intelligible à une dynamique encore vivante.

 

4- Le lien existe avant l’affect : l’affect est une modulation du lien, non son origine.

- Ce que je ressens est-il réellement le point de départ ou une réponse à quelque chose de déjà engagé ?

- L’émotion est-elle venue d’elle-même ou en réaction à un mouvement relationnel ?

Les affects ne fondent pas la relation ; ils en sont des expressions. Ils indiquent des variations d’intensité, d’orientation ou de stabilité du lien. Considérer l’affect comme origine conduit à psychologiser le lien et à perdre de vue sa dimension relationnelle première.

 

5- Le lien existe avant la pensée : la pensée se greffe sur un lien en cours de formation plutôt qu’elle ne le fonde.

- Ai-je commencé à penser cette situation pour m’y orienter ou pour m’en extraire ?

- Ma pensée accompagne-t-elle le mouvement d’une ou cherche-t-elle à le contenir ?

> Activité mentale qui survient après coup comme effet de stabilisation, neutralisation de ce qui est en jeu.

La pensée ne crée pas la relation ; elle intervient dans une relation déjà engagée. Elle peut accompagner, éclairer ou rigidifier le mouvement du lien. Lorsque la pensée se substitue au lien, elle transforme une dynamique vivante en schéma interprétatif.

 

6- Le lien est toujours situé : il n’existe pas de lien abstrait ou hors contexte.

- Dans quel contexte précis ce lien se déploie-t-il ?

- Que se passerait-il si je changeais de lieu, de moment ou de cadre ?

> La relation se transforme sensiblement dès que le contexte se modifie.

Toute relation se déploie dans des conditions singulières, internes et externes. Extraire le lien de sa situation revient à le transformer en concept abstrait et à perdre sa dimension vécue. La situation n’est pas un décor du lien mais une composante constitutive de sa dynamique.

 

7- Le lien est toujours dynamique : une relation n’est jamais immobile ni définitivement fixé.

- Ai-je l’impression que rien ne change ou que quelque chose bouge sans cesse de manière subtile ?

- Suis-je en train de figer une relation qui continue pourtant de se transformer ?

> Même dans l’apparente stagnation, une variation de tension, de distance ou d’intensité est perceptible.

Même lorsqu’elle semble stable, une relation est en transformation continue. Les formes fixes du lien correspondent à des illusions de permanence produites par la pensée ou l’habitude. Reconnaître la dynamique du lien permet de percevoir les micro-ajustements et les déplacements silencieux qui le traversent.

 

8- Le lien est relationnellement coconstruit : toute relation émerge d’une interaction entre au moins deux pôles, qu’ils soient internes ou externes.

- Comment ma présence influence-t-elle le lien même sans intention particulière ?

- Que devient la relation si je modifie légèrement ma manière d’être là ?

> Un changement minime de posture, de ton ou de rythme modifie sensiblement la dynamique relationnelle.

Le lien n’est jamais unilatéral. Il se forme dans l’interaction, y compris lorsque celle-ci se joue à l’intérieur d’un même individu. Cette co-construction exclut toute lecture causale simple et toute assignation de responsabilité univoque.

 

9- Le lien est transformable : aucune relation n’est condamnée à rester ce qu’elle est.

- Est-ce que je considère cette relation comme figée ou comme encore ouverte ?

- Qu’est-ce qui dans le lien pourrait évoluer sans que les personnes changent ?

> Une relation perçue comme “bloquée” se transforme parfois sans événement majeur, simplement par un ajustement de présence ou de temporalité.

La transformabilité est une propriété ontologique du lien, non une promesse morale ou thérapeutique. Elle signifie que toute relation conserve une marge de mouvement, même lorsque celle-ci est minimale. Reconnaître cette transformabilité ouvre un espace de discernement sans garantir un résultat.