Praxis

Comment agir sur le lien ?

"Agir sur le lien ne consiste pas à le maîtriser mais créer les conditions d'un ajustement vivant en discernant quand les fonctions de l'esprit soutiennent la relation et quand elles en prennent la place."

Axiologie praxéologique : principes d’action 

1- Nous n’agissons jamais directement sur nous-même ou sur une personne mais sur un lien : toute action humaine s’inscrit dans un champ relationnel préexistant.

- Sur quoi suis-je en train d’agir : une personne, moi-même, la relation ?

- Qu’est-ce que mon geste modifie dans le lien ?

> Un changement relationnel survient sans qu’aucun contenu explicite n’ait été modifié.

Toute action modifie un lien avant de modifier un contenu. Même les actes dirigés vers soi s’opèrent dans une relation à soi, à une situation ou à autrui. Agir revient toujours à intervenir dans une dynamique relationnelle déjà en cours.

 

2- La praxis relatiologique est un acte de discernement, non une technique : éclaire l’action sans la standardiser.

- Suis-je en train d’appliquer quelque chose ou de percevoir ce qui me semble juste ?

- Est-ce que je cherche une solution ou un ajustement ?

> Une intervention adaptée semble simple, évidente mais difficilement généralisable. 

La praxis relatiologique ne prescrit pas des gestes reproductibles. Elle consiste à reconnaître le mouvement du lien et à y ajuster sa présence. Son efficacité ne se mesure pas à un résultat standardisé mais à la qualité de l’ajustement relationnel.

 

3- La suspension du jugement et de l’interprétation est le premier mouvement de la praxis relatiologique : condition de discernement du mouvement relationnel.

- Puis-je rester avec ce qui se joue sans l’expliquer ni le corriger ?

- Qu’est-ce qui change quand je cesse d’interpréter ou de juger ?

> La relation se détend ou se clarifie dès que l’urgence de comprendre disparaît.

Suspendre le jugement permet d’accéder au lien tel qu’il se déploie, avant toute assignation de sens. Cette suspension n’est pas une neutralité froide mais une disponibilité accrue. Elle ouvre un espace où le lien peut être perçu dans sa dynamique propre.

 

4- Agir est modulation de présence au sein du lien : changement de présence relationnelle sans modification d’aucun contenu explicite.

- Comment suis-je présent dans cette relation ?

- Que se passe-t-il si je change ma manière d’être là ?

> Une modification de posture, de rythme ou d’attention transforme le lien sans action visible.

L’action relatiologique ne passe pas nécessairement par des paroles ou des actes visibles. Un déplacement de présence peut transformer la dynamique du lien sans toucher à ses contenus manifestes. La praxis opère d’abord sur le plan relationnel, avant toute intervention formelle.

 

5- La polarité médiatrice est le cœur opératoire de la praxis relatiologique : ajustement de polarité et production de polarité.

- Quelle polarité cherche ici à se stabiliser ?

- Où le lien tente-t-il de se réguler ou de se déplacer ?

> Une tension se relâche lorsque la polarité manquante est reconnue, même sans être résolue.

La polarité médiatrice est la capacité du lien à ajuster ou produire une orientation relationnelle sans supprimer ni résoudre les tensions qui le traversent. Elle permet de tenir les polarités en présence et de soutenir leur ajustement. C’est à partir de cette médiation que le lien peut retrouver du mouvement ou se reconfigurer.

 

6- Toute intervention agit sur la temporalité du lien : accélération, ralentissement, soutien, maturation.

- Suis-je en train d’accélérer, de ralentir ou de soutenir un mouvement relationnel ?

- Le temps est-il respecté ou forcé ?

> Le lien gagne en stabilité lorsque son rythme propre est reconnu.

Agir sur le lien modifie son rythme. Une intervention peut précipiter, contenir, accompagner ou laisser mûrir une dynamique relationnelle. La temporalité est une dimension centrale de toute praxis relatiologique.

 

7- Le sens d’une relation émerge de son mouvement : ne peut être imposé de l’extérieur.

- Suis-je en train d’imposer un sens ou de laisser le lien le produire ?

- A quoi le mouvement actuel semble-t-il conduire ?

> Le sens se perçoit plus clairement après coup, rarement au moment où l’on agit.

Le sens ne se décrète pas ; il se révèle dans le déploiement du lien. Imposer un sens revient à interrompre ce déploiement. La praxis relatiologique respecte cette émergence sans la diriger.

 

8- L’éthique relationnelle naît de la conscience du lien : ni règle, ni norme mais attention accrue quant aux effets des présences sur la dynamique relationnelle.

- Suis-je attentif aux effets de ma présence sur autrui et moi-même ?

- Dans une situation donnée, qu’est-ce qui appelle du soin plutôt que de la correction ?

> Une retenue se justifie en tant que perception accrue portée au lien, non en tant que règle.

L’éthique relatiologique ne repose pas sur des prescriptions universelles. Elle émerge de l’attention portée aux effets de sa présence dans le lien. Cette éthique est toujours située et relationnelle.

 

9- La praxis relatiologique est écologie du lien : prendre soin du lien dans sa vitalité, non dans sa conformité.

- Est-ce que je cherche à faire fonctionner la relation ou à en préserver la vitalité ?

- Qu’est-ce qui ici soutient le vivant plutôt que la conformité ?

> Un lien vivant mais imparfait plutôt que correct mais figé.

La praxis vise la préservation et la restauration de la vitalité relationnelle. Elle ne cherche pas à normaliser le lien mais à soutenir sa capacité de transformation. Prendre soin du lien, c’est reconnaître sa fragilité et son potentiel.

 

10- Toute praxis relatiologique est située et non reproductible : dépendances aux variables internes et externes

- Qu’est-ce qui rend cette relation unique ?

- Qu’est-ce qui ne pourrait pas être répétée ailleurs à l’identique ?

> Une justesse située ne peut être transposée telle quelle dans un autre contexte.

Aucune intervention ne peut être reproduite à l’identique. Chaque praxis dépend d’un ensemble singulier de conditions. Cette non-reproductibilité n’est pas une limite mais une conséquence directe du primat du lien.