Préambule de lecture

"Déplacer le regard."

Nous avons souvent appris à regarder le monde par ce que nous sommes, ce que nous pensons ou ressentons. Cette manière de percevoir le réel nous est si habituelle qu’elle semble aller de soi ; elle laisse néanmoins en arrière-plan ce qui rend cette expérience possible avant qu’une chose soit ressentie, pensée, comprise, interprétée ou nommée.

En elle-même, cette perspective peut être déroutante car elle va à rebours de ce qui nous est familier : nous considérer comme le point de départ de ce qui nous vivons. Il est en effet plus rare de porter attention à ce qui relie, circule ou devance toute représentation stable et définie. Pourtant, cette dimension, condition de toute relation, nous relie bien en premier lieu à ce que nous pressentons comme des orientations, tensions, continuités ou ruptures. Ce mouvement n’est pas extérieur à nous, il nous précède et nous engage.

A ce titre, la présente lecture ne demande pas d’adopter une nouvelle idée ou un effort de compréhension. Elle invite davantage à déplacer le point de vue depuis lequel l’expérience humaine est perçue. Certaines choses gagnent à être éprouvées, laissées ouvertes sans être immédiatement fixées, interprétées ou jugées.

La relatiologie parle de mouvement, de polarité, d’attraction, de répulsion, d’équilibre, de déséquilibre, de transformation, de neutralisation, de combinaison, de déplacement ; d’un langage qui trop souvent nous manque pour rendre pleinement compte de notre vécu relationnel.

Il est possible d’appréhender la présente lecture de manière conventionnelle – suivre un résonnement du début vers la fin, mémoriser, relier les idées entre elles – ou de manière intuitive en l’explorant librement par les arborescences proposées ; il ne s’agit en effet ni d’une démonstration, ni d’un système à assimiler, ni un savoir à maîtriser mais d’un déplacement de regard : passer d’une compréhension centrée sur les sujets, les contenus ou les causes, à une attention portée au lien comme phénomène premier, vivant et structurant.

A ce titre, chaque axiome peut être abordé isolément, comme un support de réflexion ou d’expérience, ou encore être lu en résonnance avec une situation vécue. Les différentes parties – ontologie, structure, phénoménologie, praxis – ne constituent pas des niveaux hiérarchiques mais des portes d’entrée vers une même réalité relationnelle.

En ce sens, il n’est ni nécessaire ni attendu de tout comprendre d’un seul tenant ; certaines propositions invitent parfois simplement à être rencontrées, laissées en suspens ou parfois même à être confrontées. La relatiologie ne recherche pas d’adhésion intellectuelle immédiate, juste à rendre perceptible ce qui dans l’expérience humaine précède la pensée, le sens et l’action.

Lectrices et lecteurs sont ainsi libres d’aborder cette ouverture de manière linéaire ou fragmentaire, de circuler entre les axiomes ou encore de laisser de côté ce qui ne trouve pas immédiatement résonnance.

Ce texte ne vise pas à définir ce qu’il faudrait penser, ressentir ou faire au sein d’une relation mais offrir un langage, une cartographie pour approcher le vécu relationnel sans le figer ni le réduire : un cadre de réflexion, une boussole pour le discernement, une invitation à habiter le lien.

Ainsi, cette lecture s’adresse à toute personne intéressée à comprendre leur expérience relationnelle sans la réduire à des explications psychologiques, morales ou techniques. Par extension, aux personnes engagées dans des situations relationnelles complexes impliquant une présence à l’autre.

Enfin, nulle connaissance préalable n’est requise mais une disposition à prêter attention à ce qui se joue entre les personnes plutôt qu’en soi ou chez l’autre.